Dix ans que JS&Co fait se croiser devs en syntaxe pointue et patrons en quête de sens, autour d’un afterwork, d’une conférence de pros ou d’un dîner à dix couverts. L’association souffle sa dixième bougie et franchit au passage un cap symbolique : plus de 2 400 abonnés, sans avoir perdu une once de son esprit « pro-feel good ». Rencontre avec Jérémy Simonklein, président, et Simon Faux, responsable communication, pour comprendre comment un café improvisé s’est transformé en réseau reconnu de l’écosystème toulousain et, spoiler, bientôt occitan.
Toulouse, 2016, dans les couloirs de La Mêlée. Jérémy Simonklein, développeur, discute avec un certain Thibault Lefort, qui découvre son métier de l’extérieur et n’y comprend goutte. « C’est incompréhensible quand vous parlez de langages ou d’algorithmes ! Est-ce qu’on ne peut pas juste se prendre un café et tu m’expliques simplement ? », lâche-t-il.
Alors on fait ce qu’on fait toujours entre Toulousains pressés de régler un problème : on se prend un café. « Il a trouvé ça tellement plus clair qu’il m’a demandé si une asso existait pour faire ça à Toulouse. Ça faisait à peine deux heures qu’on se connaissait ! », se souvient Jérémy Simonklein.
Le lendemain, Thibault lance les démarches. JS&Co vient de naître, sans business plan ni réunion de calage, juste une bande de copains, réunis autour d’une évidence : les devs et les entreprises ont plein de choses à se dire, mais ne se parlent pas.
404 : dialogue not found
Le constat de départ n’a rien de neuf, mais Jérémy Simonklein le formule avec la franchise de quelqu’un qui l’a vécu de l’intérieur : « Dans beaucoup de boîtes, il y a ce cliché du tech qui reste isolé dans son coin. De leur côté, les devs se demandent souvent pourquoi leur entreprise prend certaines décisions stratégiques. »
Deux mondes, un même open space, zéro dialogue.
« JS&Co est née pour casser ces a priori et faire table rase des préjugés. Les techs aiment sortir et rencontrer du monde, mais ils aiment aussi pouvoir parler de leur domaine. On a voulu créer un pont entre ces deux univers », résume-t-il.
Simon Faux, responsable com de l’asso, formule la philosophie maison en une expression qui pourrait tenir sur un tote bag : « On se positionne vraiment comme le réseau « pro-feel good ». L’idée, c’est de proposer un cadre informel où l’on vient sans chichi, loin des réunions trop guindées. »
Les gens viennent, précise-t-il, pour « sortir utile : échanger avec des pairs, faire de la veille sectorielle sur la tech, la finance ou la communication, et parfois juste éviter de passer la soirée seuls devant un écran ».
Trois salles, trois ambiances
Après la parenthèse Covid, Jérémy et Simon relancent la machine autour de trois rendez-vous bien distincts.
Le Tech Paf d’abord, l’afterwork maison : « On boit un coup de manière informelle, mais on parle pro. C’est l’événement idéal pour créer du réseau, notamment pour les étudiants et les jeunes diplômés qui n’osent pas toujours pousser la porte des salons traditionnels », explique Jérémy Simonklein. « Autour d’un verre, les barrières tombent et les gens discutent naturellement. »
Les Meetups Techniques changent de registre : « Contrairement au Tech Paf où l’on vulgarise, ici on entre en profondeur dans des sujets pointus », précise-t-il. Propriété intellectuelle, protection des logiciels, organisation, stratégie commerciale… Des experts viennent partager leur savoir-faire et répondre à des besoins très précis.
Le Business Club, enfin, passe à table : « C’est un format exclusif et restreint à 10 dirigeants autour d’une table de restaurant, avec un seul représentant par corps de métier pour éviter toute concurrence. » Dix minutes chacun pour poser un problème stratégique ou confidentiel, puis le reste de la tablée planche dessus. « C’est un espace d’entraide pour rompre l’isolement du chef d’entreprise. »
Trois formats, une même idée : créer des occasions de se rencontrer sans avoir l’impression d’être venu à un énième événement de networking.
Un réseau mode open source
Car derrière les verres, les discussions et les cartes de visite, JS&Co cherche aussi à produire des effets très concrets. Jérémy Simonklein avance un chiffre qui donne une autre dimension à ces rendez-vous : « Rien qu’en 2025, nous avons fait passer une centaine de CV : 20 personnes ont décroché des entretiens et 10 ont trouvé une alternance ou un CDI. »
Des chiffres revendiqués par l’association qui illustrent, à leur échelle, ce que ses fondateurs cherchent à provoquer depuis dix ans : faire circuler les compétences, les opportunités et les contacts entre des personnes qui ne se seraient pas forcément rencontrées autrement.
L’adhésion tient à 30 euros par an et la plupart des événements restent gratuits. Là encore, le choix est assumé. « On tient à préserver cette accessibilité et cette ouverture. C’est ce « joyeux bordel » créatif qui crée les plus belles synergies », résume Simon Faux.
Il cite notamment les apéros communs organisés avec l’AFUP, l’association française des utilisateurs PHP. Un rapprochement presque cocasse lorsqu’on connaît la vieille rivalité culturelle entre les communautés JavaScript et PHP. « Finalement, on n’a pas les mêmes langages, mais on a les mêmes passions », sourit-il.
Vers l’Occitanie et au-delà
Longtemps concentrée sur Toulouse, l’association entend désormais élargir son terrain de jeu. « Nous nouons des partenariats, comme récemment dans le Tarn-et-Garonne avec des acteurs comme Anveol pour accompagner les personnes en reconversion ou en recherche d’emploi. Nous allons aussi intervenir à Montpellier, Béziers, Pau, Tarbes et Montauban », détaille Jérémy Simonklein.
Une logique d’essaimage qui passe aussi par les grands rendez-vous de l’écosystème régional. Simon Faux cite notamment les collaborations régulières avec la French Tech et La Mêlée, ainsi que la co-organisation de la Mêlée Tech et de la soirée Tech Night Fever.
Le café du départ a refroidi depuis longtemps. Le « joyeux bordel », lui, tourne toujours à plein régime, et rassemble aujourd’hui plus de 2 400 personnes qui n’avaient, au fond, qu’une chose en commun : l’envie d’causer un peu.
📅 À vos agendas. Pour souffler cette dixième bougie en bonne et due forme, rendez-vous ce jeudi à La Cantine by La Mêlée. Toutes les infos sur jsandco.fr.
Sur la photo : Jérémy Simonklein, président de JS&Co, et Simon Faux, Responsable Communication de JS&Co (©Clément Seilhan).
