Ce mardi 30 juin, les Trophées de l’Économie Numérique ont réuni entrepreneurs, partenaires et institutionnels à La Cité, à Toulouse, en marge du Summer Tech Day organisé par La French Tech Toulouse. Dix projets ont été distingués, dessinant un paysage numérique où se croisent accès au droit, restauration, réemploi, formation, open source, IA embarquée, agriculture, collectivités, handicap et alimentation locale. Tour d’horizon des lauréats.
Ce mardi 30 juin, La Cité a accueillie une nouvelle édition des Trophées de l’Économie Numérique, organisée par La Mêlée. Dans le prolongement du Summer Tech Day porté par La French Tech Toulouse, la cérémonie a rassemblé une partie de l’écosystème régional autour d’un même objectif : mettre en lumière des projets numériques déjà ancrés dans des usages concrets.
Après les mots d’accueil d’Édouard Forzy, président de La Mêlée, et de Maxence Buscato, directeur délégué de La French Tech Toulouse, la remise de prix a donné à voir une cartographie large de l’innovation occitane. L’intelligence artificielle y tient une place importante, mais elle n’épuise pas le sujet : le palmarès distingue aussi des solutions de mutualisation, de souveraineté numérique, d’accessibilité ou encore de transition écologique.
Juridispo : rendre l’accès au droit plus lisible
Le prix Territoire, inclusion et citoyenneté distingue Juridispo, représentée par Mohsen Rahmani. La solution s’attaque à une difficulté persistante : l’accès au droit, souvent perçu comme complexe par les justiciables et chronophage pour les avocats. Juridispo propose une mise en relation plus directe entre particuliers et professionnels du droit, avec un assistant juridique fondé sur l’intelligence artificielle pour apporter de premiers éléments de réponse et orienter les utilisateurs vers les avocats les plus adaptés à leur situation.
Le projet cherche ainsi un équilibre délicat : démocratiser l’information juridique sans se substituer au travail de l’avocat. Pour les cabinets, la promesse repose sur la qualification des dossiers, l’amélioration de la visibilité et la réduction du temps perdu sur des sollicitations mal orientées.

Ogmah : mieux piloter les opérations des restaurants
Dans la catégorie Transformation numérique et cybersécurité, le trophée revient à Ogmah, représentée par David Coulomb. La plateforme s’adresse aux restaurants, groupes de restauration, dark kitchens et franchises qui cherchent à mieux maîtriser leurs coûts, leurs stocks et leurs marges.
Ogmah centralise plusieurs fonctions clés : suivi des stocks en temps réel, calcul du food cost, rentabilité par recette, gestion des fournisseurs, approvisionnements, pilotage multi-sites et tableaux de bord opérationnels. Le projet répond à un enjeu très concret du secteur : disposer d’une vision précise des pertes, des achats et de la performance, dans un contexte où les marges sont souvent contraintes. L’outil se présente moins comme une innovation spectaculaire que comme une brique de gestion destinée à rendre le quotidien des restaurateurs plus lisible et plus pilotable.

CEVEOP : organiser le réemploi des ressources
Le prix Transition écologique et numérique responsable met à l’honneur CEVEOP, fondée par Audrey Bellan et Adrien Lefevre. La solution SaaS accompagne les organisations publiques et privées dans le suivi, le réemploi et la valorisation de leurs ressources.
L’idée centrale est simple : aider les structures à mieux utiliser ce qu’elles possèdent déjà. CEVEOP permet de connecter les équipes, de fluidifier les inventaires, de réduire les coûts d’achat et de stockage, et de donner une seconde vie au matériel disponible. Dans un contexte marqué par les obligations liées à la loi AGEC et à la loi Climat et Résilience, l’entreprise transforme une contrainte réglementaire en outil de pilotage. Le numérique est ici mobilisé comme un levier d’efficacité matérielle, avec une ambition claire : limiter le gaspillage tout en améliorant l’organisation interne.

Striax : faire de la langue un levier de développement
Le trophée Startup est attribué à Striax, fondée par Marine Pezer. La jeune pousse part d’un constat : dans de nombreuses entreprises, la montée en compétences linguistiques reste encore trop générale, trop lente ou trop éloignée des réalités métier.
Striax développe une solution fondée sur l’intelligence artificielle pour proposer des parcours linguistiques personnalisés, adaptés aux enjeux de chaque entreprise et de chaque collaborateur. L’objectif n’est pas seulement d’améliorer le niveau de langue, mais de faire du développement linguistique un outil stratégique pour accompagner l’internationalisation des organisations. Le projet se distingue par une approche appliquée : partir des besoins professionnels réels plutôt que d’un apprentissage standardisé.

BlueMind : une alternative open source pour la collaboration
Le prix Croissance, rayonnement et potentiel international revient à BlueMind, représentée par Sylvain Garcia. L’entreprise développe une solution open source de messagerie, agendas, contacts, messagerie instantanée et collaboration, pensée comme une alternative européenne aux solutions traditionnelles de messagerie d’entreprise et de cloud.
BlueMind s’adresse à des organisations variées (entreprises, collectivités, universités, hôpitaux ou administrations) avec une approche centrée sur la maîtrise technique, l’interopérabilité et la souveraineté. La solution prend en charge la mobilité, les clients Outlook et Thunderbird, le mode web déconnecté, ainsi qu’une architecture ouverte reposant sur des API et des extensions serveur. Dans un marché dominé par quelques grands acteurs internationaux, BlueMind défend une voie plus indépendante, fondée sur l’open source et la capacité des organisations à garder la main sur leurs outils collaboratifs.

Viseio : des caméras IA qui analysent localement
Dans la catégorie Intelligence artificielle, le trophée distingue Viseio, cofondée par Adrien Elfassi. L’entreprise développe une nouvelle génération de caméras autonomes capables d’analyser des situations directement sur l’appareil, avec une consommation énergétique réduite.
Le projet repose sur une IA embarquée et reconfigurable : la même caméra peut être adaptée à plusieurs usages, comme la détection d’un casque sur un chantier, d’une intrusion, d’une activité anormale ou de signes précoces d’incendie. L’enjeu est double. D’un côté, limiter l’envoi massif de flux vidéo vers le cloud ; de l’autre, rendre les capteurs plus intelligents, capables de détecter localement les événements importants et de déclencher des alertes ou des actions automatisées. Viseio inscrit ainsi son travail dans une logique de souveraineté, de sobriété énergétique et de protection des données.

PRIX SPÉCIAUX
Agriguardian : détecter les maladies des plantes par l’IA
Le prix spécial Montpellier Méditerranée Métropole revient à Agriguardian, fondée par Brayan Yegba Miyogog. L’application utilise l’intelligence artificielle pour détecter et prévenir les maladies des plantes, avec un objectif clair : aider les agriculteurs à protéger leurs cultures tout en réduisant leur dépendance aux pesticides.
En analysant l’état des cultures, Agriguardian permet d’anticiper les problèmes avant qu’ils ne s’aggravent. Le projet s’inscrit dans une approche agricole plus préventive, où le numérique sert à ajuster les interventions, limiter les traitements chimiques et préserver davantage les sols. Sa proposition tient dans cette articulation entre productivité, résilience des exploitations et pratiques plus respectueuses de l’environnement.

La Bonne Mairie : mutualiser le matériel entre communes
Le prix spécial Toulouse Métropole distingue La Bonne Mairie, représentée par Clément, Éric Cousse et Pierre Portet. La plateforme met en relation les communes françaises afin qu’elles puissent vendre, acheter, louer ou mettre à disposition du matériel d’occasion dont elles n’ont plus l’usage.
Le projet répond à une réalité très concrète des collectivités : certains équipements dorment dans les réserves d’une commune alors qu’ils pourraient servir ailleurs. En facilitant la mutualisation et la circulation du matériel, La Bonne Mairie apporte une réponse à la fois économique, écologique et territoriale. La solution repose sur une idée sobre mais pertinente : le numérique peut aider les collectivités à coopérer plus simplement, sans nécessairement passer par des dispositifs lourds.

Handipulse : l’accessibilité comme commun technologique
Le prix Coup de cœur CCI Occitanie est attribué à Handipulse, fondée par Benjamin Cluzant-Voisard. La structure développe et déploie des solutions technologiques gratuites destinées à améliorer le quotidien des personnes en situation de handicap.
Handipulse s’appuie sur une démarche de co-construction avec les usagers, les laboratoires, les associations et les acteurs publics ou privés. Sa première innovation, DERi, rend les visuels accessibles aux personnes déficientes visuelles en combinant reconnaissance d’image, exploration tactile et guidage audio. Le projet défend une conviction forte : l’accessibilité ne doit pas être pensée comme un marché de niche, mais comme un bien commun technologique. Cette approche donne au handicap une place active dans l’innovation, non comme simple sujet d’adaptation, mais comme moteur de conception.

Leaf France : reconnecter producteurs amateurs et consommateurs locaux
Le Grand Prix de l’Économie Numérique revient à Leaf France, fondée par Corine Bourdoncle. L’application met en relation des particuliers passionnés de jardinage avec des consommateurs à la recherche de produits frais, locaux et traçables.
Le principe repose sur la géolocalisation : les utilisateurs peuvent trouver des surplus de récolte près de chez eux, contacter directement les cultivateurs et suivre leurs annonces. Les jardiniers, de leur côté, peuvent déposer gratuitement leurs offres, valoriser leurs récoltes et vendre leurs excédents sans frais de transaction. Leaf France associe ainsi lutte contre le gaspillage, consommation locale et lien social. Derrière une application simple d’usage, le projet défend une vision plus large : rendre accessibles des produits de qualité, favoriser les circuits courts et remettre de la proximité dans l’alimentation quotidienne.

