Plus de 500 offices notariaux touchés, jusqu’à 40 millions d’euros détournés, des RIB remplacés, des messageries compromises et même la crainte de faux actes authentiques… l’enquête publiée par Le Monde le 3 septembre dernier révèle l’une des cyberattaques les plus sensibles subies par une profession réglementée en France. À quelques semaines de La Mêlée Numérique, l’affaire donne un relief très concret à la journée consacrée à la sécurité numérique.
Une boîte mail, un document piégé, un virement, un RIB… Selon l’enquête publiée par Le Monde le 3 septembre dernier, les premières compromissions remonteraient à décembre 2022. Pendant près de deux ans, des pirates auraient infiltré des centaines d’offices notariaux français, jusqu’à toucher plus de 500 études, soit environ 7 % de la profession.
Le bilan financier donne la mesure du trou dans la raquette : entre 35 et 40 millions d’euros auraient été détournés, selon une estimation basse attribuée à l’Anssi dans un document interne. Les méthodes relèvent d’un classique devenu ravageur : prendre pied dans une messagerie légitime, envoyer des documents piégés depuis une adresse de confiance, puis exploiter la relation entre notaires, clients, banques et partenaires. Dans ce milieu, un mail ne vaut pas seulement un message. Il peut porter un acte, une instruction, un paiement, une vente immobilière, une succession.
Les fraudeurs auraient notamment utilisé des détournements de RIB, en remplaçant les coordonnées bancaires d’un bénéficiaire avant une transaction, ainsi que des usurpations d’identité pour ordonner des virements. En mars 2024, un document piégé envoyé depuis le système compromis d’un notaire aurait même été adressé à plus de 10 000 officiers publics. Le chiffre le plus inquiétant n’est peut-être pas celui de l’envoi, mais celui du clic : une large majorité des destinataires auraient ouvert le fichier, convaincus par l’apparence parfaitement crédible du message.
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L’attaque ne se serait pas arrêtée aux études isolées. Le Conseil supérieur du notariat aurait lui aussi été compromis, ce qui change l’échelle du problème. Ce n’est plus seulement la fragilité d’un cabinet mal protégé : c’est tout un écosystème professionnel, fondé sur la confiance documentaire et la valeur juridique des échanges, qui s’est retrouvé exposé. L’Anssi aurait même envisagé le risque de faux actes notariés. Aucun faux acte authentique n’a été identifié à ce stade, mais le simple fait que cette hypothèse ait été prise au sérieux suffit à mesurer la gravité du dossier.
Cette affaire tombe au pire moment pour ceux qui aimeraient encore traiter la cybersécurité comme un sujet limité aux DSI. Elle montre au contraire que la cyber touche désormais la preuve, l’argent, l’identité, la continuité d’activité et la réputation. Un office notarial, une collectivité, un hôpital ou une PME n’ont pas besoin d’être des géants du numérique pour devenir des cibles rentables.
Le mardi 29 septembre, le festival de la Mêlée Numérique consacrera une journée entière à la sécurité numérique : panorama des menaces 2026, préparation au jour où l’activité s’arrête, obligations NIS2, DORA et CRA, surfaces d’attaque ouvertes par l’IA, cybersécurité des collectivités et ressources opérationnelles pour les territoires. Avec Cyber’Occ, l’ANSSI, Cybermalveillance, Hexatrust, des RSSI publics et des experts de terrain, le programme arrive dans une actualité qui n’a pas besoin d’être dramatisée : elle l’est déjà.
Pour s’inscrire à la Mêlée Numérique, rendez-vous au lien suivant : https://www.meleenumerique.com/
(Photo : Laurenz Heymann sur Unsplash)
