À Toulouse, dans le cadre du Digital Cleanup Day, La Mêlée a annoncé l’obtention de son label Numérique Responsable niveau 1. Une reconnaissance qui vient saluer un travail engagé de longue date et remettre sur la table un sujet que l’emballement autour de l’IA tend parfois à reléguer au second plan.
À force d’entendre parler d’IA générative, d’agents autonomes et de révolutions permanentes, on finirait presque par croire que le numérique n’a plus ni poids, ni matière, ni facture énergétique. Comme si le cloud avait enfin mérité son nom. C’est précisément contre cette fable confortable que La Mêlée a remis une pièce dans la machine, à l’occasion de sa Journée numérique responsable organisée à Toulouse le 19 mars, dans le cadre du Digital Cleanup Day.
L’association n’a pas fait les choses à moitié. Pendant la semaine du 16 mars, des actions ont été menées à Montpellier, Foix, Labège et Toulouse pour remettre un sujet un peu moins glamour, mais autrement plus solide, au centre de la table : le numérique responsable.
Le public réuni pour l’occasion disait assez bien l’état du sujet. DSI, responsables RSE, entreprises, collectivités : personne n’était là pour écouter un catéchisme de plus. « L’idée n’était pas de faire juste de l’info descendante, mais bien d’apporter des éléments concrets pour passer à l’action vers le numérique responsable », résume Constance Deseine, référente numérique responsable à La Mêlée.
En additionnant les différents rendez-vous, La Mêlée estime avoir réuni plus de 150 participants. Un rendez-vous important donc, d’autant plus que la soirée a aussi servi de scène à une annonce que l’association préparait depuis longtemps : le 19 mars, La Mêlée a obtenu le label Numérique Responsable niveau 1, pour deux ans. “C’est un véritable effort collectif qui aboutit”, affirme Constance Deseine.
Cette labellisation n’arrive pas par hasard. Avant cela, La Mêlée s’était déjà engagée dans une démarche avec le label Envol. Le niveau 1 du label Numérique Responsable vient consacrer un travail plus structuré, plus exigeant, et surtout plus transversal. « Ce label correspond à “des pratiques qu’on fait évoluer en interne à La Mêlée pour être plus cohérent avec les valeurs qu’on veut partager avec notre écosystème », se réjouit Constance Deseine.
Car le numérique responsable cesse d’être intéressant dès qu’il n’est plus qu’un vernis narratif. La Mêlée semble l’avoir compris en inscrivant sa démarche à plusieurs niveaux : stratégie, gouvernance, cycle de vie des services numériques, investissements responsables. L’association a d’ailleurs retenu 14 actions à mener dans les deux prochaines années. Au programme : mieux gérer les équipements, faire évoluer les usages, partager davantage et rendre la communication elle-même plus responsable.
Pour les adhérents et les acteurs de l’écosystème, l’enjeu dépasse largement le tampon institutionnel. « C’est montrer qu’on est impliqué dans cette démarche, qu’on y croit et qu’on veut faire bouger les choses avec eux », résume Constance Deseine.
Reste la question qui plane sur toutes les conversations numériques de 2026 : à l’heure où l’IA aspire l’attention, les budgets et les imaginaires, le numérique responsable a-t-il encore une chance d’exister autrement qu’en note de bas de page ? Parce que oui, l’IA occupe tout le terrain. Oui, elle impose son rythme et son vocabulaire. Mais cela ne supprime rien des problèmes de fond.
L’image employée pendant la journée est, à ce titre, bien trouvée. « Le NR, c’était comme un tsunami. Il y a toujours ce moment avant où la mer se retire avant la vague. Là, en ce moment, la mer se retire pour faire place à l’IA, mais plus tard la grande vague va revenir, très fort. Et là il sera trop tard pour ceux qui n’avaient pas anticipé. »
Traduction : l’IA n’engloutit pas le numérique responsable, mais le masque momentanément sous une écume d’excitation spéculative. Les serveurs ne deviennent pas sobres parce que les démonstrations sont bluffantes. Les équipements ne s’allongent pas tout seuls. Les organisations ne gagnent pas en maturité parce qu’elles ont ajouté trois cas d’usage à leur feuille de route. À un moment ou à un autre, le réel demande sa part.
À rebours du vacarme ambiant, La Mêlée, elle, acte ainsi une autre priorité : remettre un peu de méthode, de cohérence et de responsabilité dans un secteur qui confond parfois vitesse et cap.
Sur la photo : Mélodie Cazenave, vice-préisdente de La Mêlée, et Constance Deseine, référente numérique responsable à La Mêlée, lors de l’annonce de l’obtention du Label Numérique Responsable le 19 mars dernier à Toulouse (©Benoît Sainte-Marie).
