Dans le sillage du South Summit de Madrid, le Train de la French Tech 2026 a livré son verdict. Porté par l’association French Tech Perpignan, ce dispositif transfrontalier a propulsé vingt-huit startups françaises, espagnoles et andorranes sur les rails de l’immersion ibérique, avec à la clé le Grand Prix décerné cette année à la medtech MyBubbleHealth.
Le milieu de la tech adore théoriser la disruption depuis le confort des salons climatisés. Le Train de la French Tech prend la logique à l’envers : réunir pendant quatre jours soixante personnes (dont vingt-huit fondateurs de startups venus de France, d’Espagne et d’Andorre) pour un programme d’accélération amorcé sur les rails. Lancé en 2017 par l’agence de développement économique locale et piloté par l’association French Tech Perpignan, ce dispositif transfrontalier sert d’abord à forcer l’accès au marché ibérique. L’idée est de jeter les entrepreneurs, après un voyage d’affaires en TGV, dans le grand bain du South Summit de Madrid.
À bord, le filtre est immédiat : une minute de pitch par candidat. Soixante secondes, c’est long pour un slogan, dérisoire pour rendre crédible une innovation scientifique. Sur les vingt-huit postulants, dix rescapés seulement ont décroché leur billet pour la finale madrilène. Le précédent de 2025 donne le ton : Mettis AI, vainqueur de l’édition précédente, est revenu cette année siéger dans le jury après avoir bouclé une levée de fonds de 1,1 million d’euros issue des rencontres amorcées sur les rails.
L’IA sans les fils
Le Grand Prix 2026 a été attribué à MyBubbleHealth, une structure médicale venue de Paris-Saclay. Sa dirigeante, la madrilène Manel Chikh, a convaincu avec BBSKOPE, une technologie qui s’attaque à un angle mort hospitalier : le calvaire des nourrissons en néonatalogie.
Aujourd’hui, pour surveiller un nouveau-né, la médecine traditionnelle n’a rien trouvé de mieux que de le barder d’électrodes, d’adhésifs et de capteurs filaires. Le système est fiable, mais invasif, agressif pour la peau des prématurés et profondément anxiogène pour les parents. MyBubbleHealth remplace cette artillerie par une simple caméra. Ses algorithmes de vision artificielle analysent le flux vidéo en temps réel pour en extraire, au battement près, les fréquences cardiaque et respiratoire du bébé.
Passée par l’incubateur de l’École polytechnique, la structure a déjà sécurisé un premier million d’euros. Elle amorce désormais un nouveau tour de table de deux millions d’euros, une étape nécessaire pour financer les essais cliniques et obtenir les certifications indispensables à son entrée dans les hôpitaux.
Un palmarès éclectique
Le reste de la promotion 2026 confirme que le convoi transportait autre chose que des applications de livraison :
- NevoNeura (Émergence) : Cette jeune pousse madrilène cultive des modèles neuronaux humains issus de cellules souches afin d’accélérer la recherche sur les maladies neurodégénératives.
- TIPTAP (Croissance) : Conçu à Céret par Emmanuel Torrent (l’inventeur de l’Ecocup), ce système connecté de distribution de boissons débite jusqu’à 1 000 pintes par heure avec un seul opérateur, et séduit déjà Heineken ou le Hellfest.
- Cirquel (Développement) : Installée entre Barcelone et Berlin, la structure utilise l’intelligence artificielle pour trier les retours e-commerce en analysant l’état des produits, leur valeur de revente et les risques de fraude.
- Sprout (Coup de cœur) : La plateforme madrilène conçoit des sites web éco-conçus qui émettent jusqu’à 99 % de CO2 en moins que les standards du marché.
Soutenue par son habituel mais indispensable cortège institutionnel (de la Mission French Tech à Perpignan Méditerranée Métropole), le voyage rappelle qu’une coopération économique ne se décrète pas depuis un tableau de bord, aussi élégant soit-il. Pour cette promotion, l’Espagne n’était pas une case à cocher sur une carte d’expansion, mais un véritable terrain d’épreuve. Les entrepreneurs n’y sont pas allés jouer les Don Quichotte de la tech contre des moulins repeints aux couleurs de l’IA ; ils sont allés vérifier, au ras du marché, si l’herbe du voisin avait vraiment ce vert particulier qu’on lui prête volontiers du côté du Retiro.
