Orizen, l’ERP toulousain qui veut alléger la charge mentale des TPE-PME

CRM, devis, factures, tableurs, mails, signatures électroniques : pour les TPE-PME, ce ne sont pas les outils qui manquent. Elles manquent plus souvent d’un fil pour les relier. Avec Orizen, ForgeTheWeb veut s’attaquer à cette « bureaucratie numérique » qui se donne des airs de progrès : un ERP modulaire pensé pour remettre du clair dans le quotidien des dirigeants, sans ajouter une couche de bruit au vacarme logiciel.

Il y a des entreprises qui avancent avec des tableaux de bord. Et puis il y a celles qui bricolent leur quotidien dans une coulée tiède de CRM mal remplis, de fichiers Excel baptisés « version_finale_v7_bis », de Drive labyrinthiques et de prières silencieuses avant chaque clôture mensuelle. À force d’empiler les outils, beaucoup de TPE-PME ont cru se moderniser. Elles ont surtout déplacé leur désordre dans le cloud. C’est précisément ce métal-là que ForgeTheWeb veut reprendre à chaud.

Orizen, l’ERP anti-vacarme

Basée à Toulouse et passée par le Starter, ForgeTheWeb édite Orizen, un logiciel ERP modulaire destiné aux petites et moyennes entreprises. L’entreprise est portée par Jérôme Anciaux, Vincent Lelong et Xavier Le Faou, un trio qui mêle culture métier, développement produit et expertise technique. L’ambition est simple à dire, plus difficile à tenir : rassembler dans un même atelier numérique ce que les dirigeants dispersent aujourd’hui entre dix ou quinze outils.

« Orizen est un outil qui doit permettre aux dirigeants de reprendre la main sur leur business, de le structurer, et de retrouver un peu de zen dans leur activité », résume Jérôme Anciaux, fondateur de ForgeTheWeb. Le mot « zen » dit assez bien le positionnement : il ne s’agit pas seulement de vendre une couche logicielle supplémentaire à des entreprises qui en ont déjà trop, mais de refermer quelques onglets mentaux.

Un abonnement pour les gouverner tous

Dans le monde merveilleux du SaaS, chaque problème a sa solution. Puis chaque solution devient un abonnement. Une entreprise achète un CRM pour mieux vendre. Puis un outil de facturation. Puis un outil de signature. Puis un espace documentaire. Puis un autre outil « temporaire » pour gérer un cas métier. Trois ans plus tard, plus personne ne sait vraiment où se trouve la vérité : dans le mail, dans le Drive, dans l’Excel, dans le logiciel comptable, ou dans la tête de Martine, partie à la retraite le mois dernier.

Jérôme Anciaux résume ce point de fusion : « Aujourd’hui, quand on monte une boîte ou qu’on dirige une entreprise, on se retrouve souvent avec dix ou quinze outils différents. Ils ne se parlent pas entre eux, chacun fait une petite chose dans son coin, et au final on accumule les abonnements. »

La première promesse d’Orizen est donc bassement matérielle, et c’est heureux : faire baisser la facture. Mais l’enjeu n’est pas seulement de payer moins d’outils ; c’est de faire circuler l’information entre les briques. Sur le site de ForgeTheWeb, les exemples sont parlants : un client créé dans le CRM peut générer sa fiche comptable, un devis signé peut lancer un projet et une commande fournisseur, un formulaire web peut créer un prospect. Le tout avec une logique modulaire : commencer par un besoin (CRM, facturation, stock) puis élargir sans reconstruire l’atelier à chaque étape.

L’offre d’entrée, affichée à partir de 8,99 € HT par mois, sert surtout de porte d’entrée : l’ambition est ensuite d’élargir l’usage module par module.

Mais l’économie ne se limite pas aux abonnements. Le vrai coût est ailleurs : dans le temps dissous, les doubles saisies, les validations qui traînent, les relances oubliées, les commerciaux transformés en clercs administratifs. « Les commerciaux ne font quasiment pas de prospection », raconte Jérôme à propos d’un client. « Ils passent une grosse partie de leur journée à remplir des fichiers Excel, à faire de la paperasse et à gérer des validations internes. C’est terrible, parce que ça les éloigne de leur vraie valeur ajoutée. »

« Pas mal, non ? C’est français »

ForgeTheWeb revendique aussi une IA intégrée nativement à Orizen… terrain glissant, tant le marché adore saupoudrer de l’IA sur n’importe quel logiciel un peu sec. Jérôme Anciaux insiste pourtant sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un chatbot ajouté en façade : « Orizen a été pensé dès le départ avec l’IA. »

Concrètement, l’outil peut analyser des emails complexes, en produire une synthèse, préparer une réponse ou suggérer une action dans Orizen : créer une tâche, ajouter un rendez-vous, préparer un devis. Mais la limite reste claire : l’utilisateur choisit le degré d’autonomie laissé à l’agent, jusqu’à imposer une validation systématique avant exécution.

Cette logique de contrôle se retrouve aussi dans le discours de ForgeTheWeb sur la souveraineté. Pour un outil appelé à concentrer données commerciales, administratives et financières, l’argument n’est pas seulement cosmétique. « ForgeTheWeb, c’est un nom assez souverain en soi », plaisante Jérôme Anciaux, avant de préciser : « Toute la partie hébergement et toutes les données sont stockées en France, chez OVH, notamment à Roubaix et Strasbourg. Les composants que nous utilisons sont soit open source, soit français. »

C’est en forgeant qu’on devient ForgeTheWeb

Le parcours de Jérôme Anciaux donne au projet une origine plus concrète qu’un simple pitch SaaS. Avant ForgeTheWeb, il a été directeur financier. Il n’arrive donc pas dans le logiciel de gestion comme un touriste fasciné par les dashboards. Il a connu l’autre côté : celui des outils mal intégrés, des données éparses, des éditeurs peu réactifs et des dirigeants qui veulent piloter mais passent leur temps à consolider.

« J’ai vécu cette douleur de l’intérieur », dit-il. « Tu as une activité, tu veux la faire grandir, la faire prospérer, et ce n’est déjà pas simple. Mais en plus, tu te retrouves avec l’obstacle des outils. »

Pour monter ForgeTheWeb, il se forme au développement au Wagon. Il y rencontre Vincent, futur associé, et Xavier, alors enseignant. L’équipe prend forme autour d’un alliage assez lisible : finance, produit, technique et terrain commercial.

La preuve par l’enclume

Depuis son lancement commercial, Orizen revendique ses premiers clients et vise une montée progressive : entre cinquante et soixante clients en 2026, puis environ deux cents l’année suivante. La startup avance donc sur une ligne claire : convaincre d’abord les entreprises qui n’ont pas besoin d’un monument logiciel, mais d’un outil capable de remettre de l’ordre dans leur activité.

Pour cela, ForgeTheWeb propose aujourd’hui des démonstrations et des essais gratuits. Logique : pour un outil qui promet de réduire le bruit administratif, le discours ne suffira pas. Il faudra montrer, faire manipuler, laisser les dirigeants éprouver la promesse dans leurs propres usages.

Si la forge prend, les petites entreprises y gagneront peut-être ce qu’aucun abonnement SaaS ne devrait leur voler : du temps, de la clarté, et un peu de silence dans l’atelier.RépondreTransférer

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