Pacte Numérique et IA : l’État renoue le dialogue avec la filière française, sans réserver ses marchés

L’État vient de signer un nouveau pacte avec Numeum, Hexatrust et le Comité stratégique de filière Logiciels et Solutions Numériques de Confiance. Pendant trois ans, les acteurs publics et privés vont travailler ensemble à identifier, tester et déployer des solutions françaises et européennes dans les domaines du cloud, de l’IA et de la cybersécurité.

La souveraineté numérique quitte doucement les discours pour entrer dans les feuilles de route. Le 10 septembre, l’État a signé à Station F le « Pacte Numérique et IA » avec la filière française du logiciel et des solutions numériques de confiance, représentée notamment par Numeum et Hexatrust.

Un pacte qui solde surtout un conflit larvé

Derrière la communication institutionnelle, ce texte a avant tout valeur de réconciliation. Depuis la publication de la nouvelle doctrine de l’État sur la commande publique numérique, les acteurs privés reprochaient à la Dinum de « faire cavalier seul » en proposant elle-même, de sa propre initiative, des solutions de bureautique et d’IA à l’administration. Une posture perçue comme une concurrence déloyale par une filière qui s’estimait mise à l’écart. Plusieurs événements de « rapprochement », dont un « match-making » entre entreprises et représentants de l’État, avaient déjà amorcé le dégel ces derniers mois. Le pacte en est l’aboutissement formel : le ministre David Amiel a d’ailleurs tenu à préciser qu’il « ne crée pas de passe-droit » et « n’enfreint pas la commande publique », histoire de couper court à toute lecture du texte comme un club fermé réservant des marchés à ses signataires.

Le principe est simple : mieux connaître les besoins de l’administration, identifier les technologies disponibles en France et en Europe, puis les tester avant de les déployer. Le dispositif sera piloté par la Dinum et doit fonctionner pendant trois ans, avec des groupes de travail consacrés à plusieurs sujets très concrets. Des groupes qui seront d’ailleurs réévalués au bout d’un an pour s’assurer que la dynamique ne s’essouffle pas.

Premiers chantiers annoncés : les suites bureautiques collaboratives pour les administrations, les tests d’intrusion réalisés avec l’IA et les logiciels destinés à sécuriser les infrastructures critiques. Le pacte prévoit également une cartographie des compétences industrielles françaises et un travail sur les standards technologiques.

L’objectif affiché par le gouvernement est de faire émerger une véritable « Base industrielle et technologique du numérique », sur le modèle de ce qui existe dans la défense. Le nouveau directeur interministériel du numérique, Walter Arnaud, a explicitement cité en exemple le « Pacte drone », qui a permis à la France de bâtir en quelques années une filière industrielle désormais exportatrice. Le pacte ne réserve toutefois aucun marché public aux entreprises participantes : il est ouvert aux industriels français répondant à des critères de souveraineté, notamment en matière de localisation et de dépendances réglementaires.

Le calendrier tombe au moment où l’IA accélère dans les entreprises françaises et où les questions de cloud, de données et de cybersécurité deviennent de plus en plus difficiles à séparer. À Toulouse, La Mêlée Numérique en fera d’ailleurs l’un de ses grands sujets de discussion fin septembre.