Après quinze ans sous le nom de NetExplorer, l’éditeur toulousain devient Voltn et affiche ses ambitions européennes. Avec 2 000 organisations clientes et 300 000 utilisateurs quotidiens, l’entreprise mise sur une spécialisation poussée dans la gestion documentaire pour se faire une place face à des concurrents « poids lourd ». Une stratégie qui s’accompagne d’investissements à Toulouse, où elle vient d’acquérir un bâtiment du XIIIe siècle pour accueillir sa croissance. Entretien avec Fabien Jabraud, directeur marketing de la société.
Voltn, c’est le nouveau nom de NetExplorer. Pour les 2 000 organisations clientes, la différence se voit à peine : elles continuent de travailler comme avant. « Cela ne change pas grand-chose sur le plan technique », indique Fabien Jabraud, responsable marketing. Le changement porte sur la manière de présenter l’activité. « L’objectif était de donner une nouvelle identité à l’entreprise. Nous voulons surtout mieux mettre en avant notre expertise et démontrer ce qui nous différencie. »

Cette expertise, c’est le fichier. « Nous sommes experts du fichier et de la gestion documentaire, et nous souhaitons le rester », affirme-t-il. L’entreprise écarte donc ce que proposent d’autres acteurs : « Nous ne cherchons pas à multiplier les fonctionnalités en ajoutant de la messagerie instantanée, de la visioconférence ou d’autres outils qui sortent de notre cœur de métier. » Le domaine lui paraît déjà assez large : « La gestion documentaire représente un champ extrêmement vaste, avec beaucoup de choses à développer et à améliorer. »
L’éditeur assume cette hyperspécialisation. Il estime qu’une expertise approfondie sur un périmètre précis lui permet de rivaliser avec des concurrents beaucoup plus importants.
Le fichier, un casse-tête quotidien pour les entreprises
Dans les entreprises, les documents circulent entre collaborateurs, prestataires et partenaires, souvent par plusieurs outils qui communiquent difficilement entre eux. Pour les organisations équipées de Microsoft 365, le partage de fichiers vers l’extérieur peut nécessiter des configurations complexes, ce qui encourage parfois les salariés à contourner les solutions officielles. « Cette complexité favorise ce qu’on appelle le shadow IT : des salariés finissent par utiliser des services comme WeTransfer, en dehors des outils officiellement encadrés par leur entreprise, simplement parce qu’ils sont plus faciles à utiliser », explique Fabien Jabraud.

Avec Voltn Share, l’éditeur propose une solution dédiée au partage sécurisé, dotée de fonctionnalités de traçabilité et de journaux d’activité. Son autre produit, Voltn Workspace, permet de centraliser la gestion et la collaboration autour des fichiers.
Voltn met en avant une approche pragmatique : ses outils se connectent à SharePoint, à Google ou à des serveurs locaux, et les utilisateurs accèdent à leurs fichiers depuis des applications qu’ils connaissent déjà, comme Outlook ou Teams. « L’idée n’est donc pas nécessairement de remplacer Microsoft ou Google, mais d’apporter des fonctionnalités complémentaires », résume le responsable marketing. C’est l’un des principaux arguments commerciaux de l’éditeur : s’intégrer aux systèmes d’information existants sans imposer aux entreprises une transformation complète de leurs habitudes.
Souveraineté : des serveurs en France et au Luxembourg
Avec 2 000 organisations clientes, 300 000 utilisateurs quotidiens et plus de 500 millions de fichiers stockés, Voltn intervient dans des secteurs variés. Administrations, établissements de santé, acteurs du droit, banques et assurances figurent parmi les clients les plus sensibles à la confidentialité de leurs documents.
Son principal marché reste toutefois celui des entreprises qui souhaitent abandonner leurs serveurs internes pour migrer vers le cloud, une transition qui leur permet de déléguer la maintenance, le stockage et une partie des contraintes de sécurité. Dans ce domaine, Voltn met en avant la maîtrise de son infrastructure : l’entreprise développe ses propres logiciels et exploite des serveurs hébergés en France et au Luxembourg. Elle est notamment certifiée ISO 27001 et Hébergeur de Données de Santé.
« Nous maîtrisons notre environnement technique et n’externalisons pas ces activités à des prestataires tiers », souligne Fabien Jabraud, qui y voit un moyen de déployer plus rapidement des évolutions et de répondre aux demandes des clients.
La souveraineté entre aussi dans les stratégies des entreprises qui cherchent à diversifier leurs fournisseurs. Certaines conservent leurs outils Microsoft pour une partie de leurs activités et confient leurs documents sensibles à un autre prestataire. Pour Voltn, l’enjeu est donc de proposer une alternative européenne capable de cohabiter avec les solutions internationales, tout en offrant davantage de maîtrise sur les données et leur hébergement.
L’Europe en ligne de mire, Toulouse comme point d’ancrage

L’éditeur vise une croissance de 25 % de son chiffre d’affaires en 2026 et a récemment engagé son développement en Allemagne, par l’intermédiaire d’un partenaire local. D’autres marchés européens pourraient suivre, avec la possibilité d’adapter les lieux d’hébergement aux exigences de chaque pays.
Cette expansion s’accompagne de recrutements, principalement dans les équipes techniques et produit. Développer ses logiciels et maîtriser ses infrastructures en interne demande des compétences que l’entreprise entend continuer à cultiver en Occitanie. « Nous n’avons pas vocation à quitter Toulouse pour nous installer à Paris », assure Fabien Jabraud.
Voltn vient d’ailleurs d’acquérir un bâtiment du XIIIe siècle, rue Temponières, dans le quartier d’Esquirol. L’édifice doit être rénové et remis aux normes afin d’accueillir des bureaux plus spacieux, d’accompagner les recrutements et de renforcer l’attractivité de l’entreprise auprès des talents locaux. Une manière assez singulière de préparer l’avenir du cloud : dans des murs vieux de huit siècles.
Sur la photo : Fabien Jabraud, responsable marketing de Voltn, anciennement NetExplorer. (©Voltn)
