Trouver son candidat idéal, c’est parfois aussi compliqué que de trouver l’âme sœur. Avec Votons 2027, deux développeurs toulousains, Sami Touihri et Eden Wisniewski, ont décidé de faciliter la rencontre entre électeurs et programmes politiques. Leur idée ? Un test d’affinité à l’aveugle, des propositions à départager et une neutralité qu’ils entendent bien préserver. Le tout gratuitement, sans publicité ni consigne de vote.
À mesure que la présidentielle de 2027 approche, les candidats déclarés ou pressentis, les sondages et les petites phrases prennent de plus en plus de place dans l’actualité. Les programmes, eux, sont parfois plus difficiles à démêler. Entre les promesses des uns et les ambitions des autres, pas toujours évident de savoir à qui donner sa voix. Et si, pour y voir plus clair, on commençait par oublier les étiquettes politiques ? C’est le pari de Votons 2027, une application qui confronte les convictions des électeurs aux propositions des candidats. Derrière le projet, deux développeurs toulousains, Sami Touihri et Eden Wisniewski, bien décidés à rendre l’information politique plus accessible.
Un match à l’Élysée ?
Sur Votons 2027, pas besoin d’apprendre par cœur les programmes de chaque candidat pour commencer à se faire une idée. « Tu n’as pas à lire de longs pavés », résume Sami Touihri. Le principe tient en quelques clics. L’utilisateur se prononce sur des propositions concernant l’économie, l’immigration, l’écologie ou encore l’éducation, sans connaître leur auteur. Aucun nom de candidat ni aucune étiquette partisane n’apparaît pendant le test. Ce n’est qu’à l’issue de plusieurs séries de questions qu’un classement révèle les personnalités politiques avec lesquelles ses réponses présentent le plus de correspondances.
Et le résultat peut réserver quelques surprises. On pensait avoir trouvé sa famille politique depuis longtemps ? Voilà qu’un candidat du camp d’en face apparaît parmi les profils les plus proches. « Tu peux te retrouver avec les profils à la fois du RN, du LFI, avec un peu d’En Marche et d’écolo au milieu », s’amuse Sami Touihri. Une cohabitation que même les plus audacieux négociateurs politiques auraient du mal à organiser. « Il y a des propositions communes à plusieurs bords », rappelle le développeur.
Attention toutefois à ne pas confondre compatibilité et bulletin de vote. Le matching mesure des convergences sur certaines propositions, sans présumer d’une adhésion à l’ensemble d’un programme. « On te dit des chiffres, on ne te dit pas pour qui voter », insiste Sami Touihri. Pour ceux qui souhaitent prolonger leur enquête, chaque candidat dispose également d’une fiche détaillée : parcours politique, propositions, informations publiques ou encore position dans les sondages lorsque les données sont disponibles.
Aux origines du coup de foudre électoral
Avant de jouer les entremetteurs politiques, Sami et Eden ont d’abord eu une idée. Enfin, surtout Eden. En décembre 2021, Sami reçoit un appel de cet ami développeur, rencontré en formation deux ans plus tôt. « J’ai une idée de fou », lui annonce-t-il. Son projet ? Créer une application capable de rapprocher les électeurs des candidats à la présidentielle en fonction de leurs propositions, sans se laisser guider d’emblée par leur couleur politique. Les deux développeurs se lancent dans l’aventure, malgré l’apparition d’une application concurrente, Elyze, fondée sur un principe similaire. Leur première version voit le jour pour la présidentielle de 2022. Les retours sont encourageants, mais le projet reste modeste.
Quatre ans et quelques lignes de code plus tard, les deux compères remettent le couvert. Ils ont gagné en expérience, repensé leur application et conservé leur objectif : faciliter l’accès à l’information politique sans dire aux électeurs ce qu’ils doivent en faire. Sami, développeur full stack et consultant, travaille notamment sur l’architecture technique et les données, tandis qu’Eden prend largement en charge la partie mobile et l’interface de l’application. Quant aux contenus politiques, c’est un travail à quatre mains. Et avec autant de candidats et de propositions à examiner, mieux vaut ne pas avoir peur de se salir les doigts sur le clavier.
La neutralité, ce sport de haute voltige
Reste une question plus épineuse : comment comparer des candidats qui, pour certains, ne sont même pas encore officiellement dans la course ? Le dossier de presse de Votons fait état de 26 personnalités déclarées ou pressenties, un nombre appelé à évoluer à mesure que la campagne se précise. Pour les premières, les programmes et déclarations fournissent une base de travail. Pour les secondes, Sami et Eden s’appuient sur leurs prises de position antérieures, voire sur leurs propositions de 2022. Une méthode qui permet d’élargir le comparatif, mais demande quelques précautions : les positions défendues lors du précédent scrutin ne seront pas nécessairement celles de 2027.
Pour traiter cette masse documentaire, les deux développeurs s’appuient notamment sur l’intelligence artificielle. « Elle fait un travail, pas d’arbitrage, mais d’agrégation », précise Sami Touihri. L’IA les aide à extraire les principales propositions, avant une relecture humaine, une vérification des sources et une sélection des éléments à intégrer aux questions. Car l’agrégation suppose déjà des choix : quels documents consulter, quelles propositions retenir, comment les reformuler ? La neutralité, revendiquée comme la pierre angulaire de Votons 2027, ne se décrète pas d’un clic. La sélection des mesures et leur traduction en questions fermées constituent un véritable travail éditorial.
Sami Touihri défend une méthode fondée sur la traçabilité des sources et l’absence d’affiliation partisane. Les sollicitations de candidats moins médiatisés, comme Emmanuel Dubuisson du parti Les Gaulois, ou les demandes de correction transmises par des militants de l’UPR, participent également à ce travail d’ajustement. L’objectif affiché est de proposer un comparateur aussi impartial que possible, même si le choix des propositions et les règles de calcul des affinités restent déterminants dans les résultats affichés.
Des convictions sans commissions
Autre particularité de Votons 2027 : l’application est entièrement gratuite. Pas de publicité, pas d’abonnement premium et aucune fonctionnalité réservée aux utilisateurs prêts à sortir la carte bleue. Aucun compte ni aucune adresse mail ne sont nécessaires pour accéder au service. L’âge, le sexe et le code postal peuvent être renseignés à des fins statistiques, mais ces informations restent facultatives. Selon les développeurs, le calcul des affinités s’effectue directement sur l’appareil de l’utilisateur, sans transmission de ses réponses à un serveur. Ils assurent également ne pas pratiquer de suivi publicitaire ni de collecte d’adresses IP.
Les frais techniques, eux, restent bien réels. « Là oui, on est déficitaire », reconnaît Sami Touihri. Pour en couvrir une partie, les deux développeurs ont ouvert une cagnotte de dons libres. Ils ne cachent pas non plus l’intérêt professionnel de l’aventure. Développeur full stack et consultant, Sami y voit une occasion de faire connaître leur savoir-faire. « Ça fait un CV plutôt sympa pour nous mettre en avant nous-mêmes, on va pas se mentir. » En 2022 déjà, leur première application leur avait permis de nouer des contacts avec des collectivités et de potentiels clients.
Côté public, les premiers chiffres sont encourageants. Depuis le lancement officiel début août 2026, Sami Touihri évoque plus de 100 000 visites sur le site, environ 5 000 téléchargements sur iOS et entre 2 000 et 3 000 sur Android. Ces données, communiquées lors de l’entretien, donnent une première idée de l’intérêt suscité par le projet.
Moins de TikTok, plus de déclics
Au fil des tests, Sami Touihri a lui-même découvert des propositions inattendues chez certains responsables politiques, notamment sur le droit du travail ou l’écologie. De quoi bousculer quelques idées reçues. Les premiers utilisateurs lui rapportent des expériences similaires, surpris de découvrir les candidats dont ils se rapprochent avant d’aller consulter leurs propositions. « C’est presque un effet involontaire mais qui finalement devient voulu », reconnaît le développeur, heureux de voir l’application susciter des discussions.
Il raconte notamment l’expérience de la fille d’une amie, qui a fêté ses 18 ans en début d’année. « Elle voit passer plein de trucs sur la télé, mais aussi sur TikTok, Insta, différents réseaux », explique Sami Touihri. Après avoir testé l’application, la jeune femme a apprécié de pouvoir retrouver les informations politiques au même endroit. « D’avoir un truc qui centralise toutes les infos, c’était vraiment bénéfique pour elle », rapporte-t-il. Un retour qui conforte les deux développeurs dans leur volonté de toucher les jeunes électeurs, notamment ceux qui s’apprêtent à participer à leur première présidentielle. Pour autant, pas question de reprendre toutes les recettes des réseaux sociaux. « On n’est pas là pour faire du sensationnel, du buzz », insiste Sami. L’interface se veut accessible et dynamique, tout en laissant une large place aux propositions et à leurs sources.
La plateforme continuera d’évoluer jusqu’au scrutin, avec l’actualisation des candidatures, des programmes et des sondages. Les deux développeurs envisagent également de prolonger l’aventure après 2027, en adaptant éventuellement leur outil aux élections législatives, voire aux scrutins locaux. Il leur faudrait alors couvrir des centaines de circonscriptions et, à terme, potentiellement des milliers de listes municipales… un chantier d’une tout autre ampleur.
Pour l’heure, Sami Touihri résume l’ambition de Votons 2027 avec une modestie désarmante : apporter au débat public « à la fois beaucoup et pas grand-chose ». Beaucoup, en donnant envie aux électeurs de comparer les propositions et de s’informer. Pas grand-chose, « parce qu’au bout du compte, le choix du bulletin leur appartient ».
À découvrir : Votons 2027
Sur la photo : En haut à droite, Sami Touihri, et en bas, Eden Wisniewski, les deux développeurs toulousains à l’origine de Votons 2027, lors d’une démonstration de leur plateforme en visioconférence. © Sami Touihri.
