Numérique. Une école destinée aux sourds et malentendants lance une promotion à Toulouse

Après Lyon, c’est à Toulouse que le 16 janvier dernier ouvrait la promotion de Signes et Formations, nouvelle école du numérique située dans les locaux de l’Iform à Balma. Proposant une formation professionnalisante à bac+3, l’école est actuellement à la recherche d’entreprises pour accueillir ses étudiants en stage ou en alternance. 

Permettre aux personnes sourdes d’accéder aux métiers du numérique. Telle est la vocation qui anime Signes et Formations, une société coopérative de production œuvrant pour l’inclusion de ces citoyens trop souvent marginalisés. « En France, nous comptons entre 300 000 à 900 000 personnes sourdes signantes. Aujourd’hui, 5 % d’entre elles font des études supérieures », précise Anastasia Laroche, chargée de relations entreprises chez Signes et Formation à Lyon. Pour cause, le manque de confiance que certains peuvent ressentir, mais aussi et surtout, selon elle, une accessibilité à l’éducation très complexe, qui demande beaucoup d’adaptation. 

C’est pour pallier à ces lacunes que Signes et Formations s’est donné comme vocation celle de favoriser l’insertion des personnes sourdes dans certains milieux et certains secteurs professionnels. Pour ce, la société propose et conçoit depuis 10 ans des formations et des services en langues des signes française. Fondée par Cédric Richard et Karine Lasne dans le Rhône, la SCOP s’adressait à ses débuts tant aux entreprises (cours en langue des signes française, mise à disposition d’interprètes, sensibilisations, etc.) qu’aux particuliers (visites chez le médecin, avocat, etc.). Après s’être lancé par la suite dans le e-learning avec des formations de français pour les personnes sourdes, Signes et Formations décide de se pencher sur les métiers du numérique et ouvre une formation de webdesigner à Lyon permettant l’obtention d’un certificat. « Nous avons commencé par le numérique parce que c’est un secteur dans lequel il y a de l’emploi, ce qui est préférable pour former des personnes qui ont des difficultés à rentrer dans le marché du travail. Ensuite, nous avons choisi de proposer la formation de webdesign parce que les personnes sourdes ont l’habitude d’être dans le visuel, la gestuelle. Elles ont une appétence pour le graphisme et des capacités naturelles dans tout ce qui est conception spatiale », précise Anastasia Laroche. Résultat : 97 % de taux d’obtention du certificat pour 77 % de sorties positives, c’est à dire des personnes qui ont trouvé un emploi par la suite ou qui ont poursuivi leurs études ». 

Une formation de niveau bac+3

À la demande de son public et des entreprises, qui attendent un certain niveau de formation, la société a décidé d’aller plus loin en proposant deux formations de niveau bac+3, permettant de valider des Titres Professionnels niveau 6 reconnus par l’Etat, Concepteur designer UI et Concepteur développeur d’applications. Ainsi, si la première année reste la même formation de webdesigner qu’auparavant, c’est-à-dire une année généraliste appelée webdesigner pour garantir les bases du développement web, du UI/UX design, et du graphisme, les étudiants se voient offrir le choix en deuxième année de s’orienter entre deux formations : UI/UX design ou développement web. Il est par ailleurs à noter que les deux dernières années s’effectuent en contrat de professionnalisation dans une entreprise. Un type de parcours en études supérieures pour les personnes sourdes et malentendantes que Signes et Formation est aujourd’hui la seule école en France à proposer. « Le jour de la rentrée, une famille de Vendée est venue me remercier pour avoir monté cette école parce qu’ils ne trouvaient pas de formations pour leur fille. Cela m’a beaucoup touchée de rencontrer ces parents qui n’espèrent pour leur fille qu’une chose c’est d’avoir accès au métier qui la passionne et d’être intégrée comme tout le monde dans la société.  Aujourd’hui, on ne trouve pas ce genre d’écoles qui permettent d’avoir un cadre suffisant, et plein de jeunes ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent faire », regrette Carole Albrespy, chargée de relations entreprises à Toulouse.

Faire tomber les stéréotypes

Alors que les étudiants auront à faire un stage de 5 semaines minimum à partir de juin, et une alternance en octobre, Signes et Formations confie œuvrer pour trouver des entreprises pour les accueillir. Pour cela, la SCOP a conscience qu’il lui appartient d’aller au plus près des acteurs locaux et de faire tomber les préjugés. « Aujourd’hui, pour les entreprises, le frein principal à embaucher une personne sourde reste la méconnaissance. Il existe beaucoup de stéréotypes. L’important est de leur donner les outils, de leur expliquer qu’il existe des aides financières, des solutions numériques, etc. », explique Anastasia Laroche. « Nous devons aussi rassurer les entreprises sur le fait que la communication avec des personnes sourdes peut se faire très spontanément. Moi la première, quand je suis arrivée chez Signes et Formations, je ne connaissais rien en langue des signes. J’ai été tout de suite entourée de personnes sourdes. Bien entendu qu’au début j’étais un peu stressée, je me demandais comment nous allons pouvoir échanger, mais au final ça s’est passé très naturellement, mes collègues m’ont appris quelques signes, et au bout d’une semaine nous arrivions à nous raconter notre week-end dans le bus », conclut Anastasia Laroche. 

Pour plus d’informations concernant les formations proposées par Signes et Formations, contactez Carole Albrespy au 07 66 16 09 46, ou à l’adresse c.albrespy@signesetformations.com.