En 2023, les Scop ont repris des couleurs

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ToulÉco

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Les créations et surtout les transmissions d’entreprises saines en Scop sont en hausse en Occitanie. Rémi Roux, président de l’Union régionale des Scop (Urscop), salue un modèle résilient face à la crise. Interview.

Comment se portent les sociétés coopératives de production (Scop), ces entreprises dont les salariés sont les associés majoritaires, en Occitanie ?
Quatorze nouvelles entreprises coopératives ont été créées en 2023 en Occitanie, ce qui représente 367 nouveaux emplois ; contre seulement huit créées en 2022. C’est une bonne nouvelle. On peut dire que ce marché reprend des couleurs, après les années de sortie de covid. Fin 2023, en Occitanie, on comptait 349 sociétés coopératives qui employaient 4625 salariés, pour un chiffre d’affaires de 464 millions d’euros.
L’autre fait marquant de ce bilan, c’est qu’une nouvelle Scop sur deux créée en 2023 était issue de la transmission d’entreprise – un chiffre en hausse de 84 % – alors que 33 % seulement étaient des créations ex nihilo. C’est une tendance qui s’explique surtout par la conjoncture. Le coût de l’argent a augmenté et une création d’entreprise prend au moins un an. En sortie de crise, les entrepreneurs ont privilégié les reprises saines.

Ce sont des résultats qui dénotent avec le fort contexte de ralentissement économique. Comment l’expliquer  ?
C’est vrai. On ne peut pas encore parler de reprise, nous sommes dans une économie de crise et beaucoup d’entreprises déposent le bilan, mais finalement les Scic (société coopératives d’intérêt collectif) et les Scop sont résilientes et survivent souvent mieux que les entreprises classiques. Chiffres à l’appui ! Sur l’ensemble des entreprises créées en France, 61 % survivent à cinq ans, et c’est le cas de 72 % des Scop et des Scic.

En 2022, l’Occitanie a quand même connu la fermeture de Scopelec, la plus grande Scop de France…
C’est vrai et c’est notamment ce qui explique les mauvais résultats de 2022. Au sein de l’Urscop, nous avons consacré beaucoup de temps et d’énergie à essayer de sauver cette entreprise. Ensuite, chaque entreprise a son parcours et, chez Scopelec, je pense que c’était surtout une histoire d’hommes.

Quels sont les secteurs d’activité les plus représentés dans les Scop ?
Ces dernières années, le secteur le plus représenté était le BTP, notamment en Ariège et dans le Tarn, avec des chiffres qui montaient jusqu’à 30 %. C’est moins le cas désormais, avec la crise qui frappe le secteur. En 2023, les principaux secteurs de transmission saine étaient ceux des services, du commerce et de l’industrie.

Quels sont les points de vigilance ou les pièges à éviter quand on monte une Scop ?
Pour qu’une Scop fonctionne, il faut expliquer, partager l’information et former les gens, car une entreprise coopérative implique un changement complet de paradigme par rapport à une entreprise traditionnelle. Le patron n’est plus un homme qui décide seul dans son coin. C’est sans aucun doute un mode de fonctionnement plus facile à mettre en œuvre dans les entreprises de taille intermédiaires.
Pour autant, il y aussi des idées reçues à balayer. Il n’est pas du tout impossible de lever des fonds en Scop. De même, les banques prêtent de l’argent. Et nous aussi, au sein de l’Urscop, accompagnons les entreprises. Nous investissons chaque année 12 millions d’euros dans les projets, avec des tickets d’entrée autour de 50.000 euros.
Propos recueillis par Béatrice Girard

Sur la photo : Rémi Roux, président de l’Urscop et gérant élu de la Scop Éthiquable, dresse le bilan 2023 des Scop en Occitanie. Crédit : isasouri.